Ctlhulhu

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mardi 22 juillet 2014

La dame fontaine

Avec sa seule fontaine ruisselante,
La pauvrette aux oripeaux défraîchis,
Pleurait d'être seulette et sans mari,
Mort à Poitiers, d'un rhume et sans rente,

J'ai là des bourses bien pleines, Dame,
Mon Alezan hénnit comme un cheval fou,
Il quémande que quelques gouttes de vous,
De votre source j'ailira l'or, Dame,

Mon preux, laissez s'abreuver votre pur-sang,
Trempez-y aussi votre bouche avide,
Je n'en peux plus d'assouvir terres et glands,
Couchées, lasse sur cet humus humide,

Dame, retirant cuirs, étoffes et mors,
Mon canasson bave sur mes grosses bourses,
Dame, je viderais votre source, hors,
Ma monture désire faire la course,

Mais laissez-la vagabonder où elle veut,
De collines en vallons, qu'elle s'amuse,
Aux portes de mon pays, il pleut, mon preux,
Elle se décalotte, je ne m'abuse,

Ma rossinante n'a peur de rien, Dame,
Au galop, elle pénètre votre vallon,
Et moi, je découvre vos collines, Dame,
J'en mord le bout de vos durs rochers, pardon,

Tiens, elle caracole bien, sans le nier,
Elle s'enfonce loin, fort remplies vos bourses ?
Ah, mon preux, il serait temps de me payer,
Je vais noyer ce cheval de course,

Patiente, mon fougueux flaire un trou,
Une grotte afin de s'y reposer,
Ma Dame, tournez vous et vous constaterez,
Même fatigué, ce n'est pas un filou,

Mon mari possédait canasson petit,
Coursant bien mais pas loin, mon petit bébé,
Mort avec lui à Poitiers, pauvre chéri,
Cet antre, il ne l'a jamais pénétré,

Cette grotte est étroite et palpite,
Aux sons de votre charmante voix, Dame,
Une terrible sorcière vous habite,
Je vais vous payer, belle, je me pâme,

Gardez encore vos bourses pleines, mon preux,
Votre pays possède pareil antre ?
Montrez-moi que j'y visse un doigt ou deux,
Soufre et sel avec ma langue, j'entre,

Un moine et deux notaires l'ont visités,
Sentez-vous l'odeur de leurs mèches brûlées ?
Dehors, mon coursier prend froid et s'enrhume,
En rêvant d'écurie, fou, il écume,

Je ne suis pas sorcière mais ogresse,
Offrez le moi, écumant, à ma bouche,
Et maintenant, payé moi à la louche,
Que de votre rossinante, j'engraisse,

Avec sa seule fontaine ruisselante,
La pauvrette aux oripeaux défraîchis,
Pleurait d'être seulette et sans mari,
Mort à Poitiers, d'un rhume et sans rentes.


Cthulhu. juillet 2014 

10 commentaires:

  1. Quand mots galants ceci est dit .......
    Bravo au Poète......J'ai adoré !

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    1. Bravo et encore bravo à ce poête dont la verve et la sémantique me laisser rêveuse!!!

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    2. Hooo SZYJKA, je viens seulement de lire ton commentaire ! merci beaucoup ... je sent que ma plume mouille .. je vais aller l'assécher entre une paire de nouvelles phrases ..à tout de suite !

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    3. Adore encore et encore .. j'écris,seul, pour ceux qui aiment .. pour ceux qui m'aiment .. un peu !

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  2. Réponses
    1. Merci, "mes petites plumes" ... tu me fais plaisirs ... j'écris en suivant mes humeurs et avec le gout des matières et des corps ! n'hésite pas à commenter ce qui était et ce qui va suivre ! nos sommes à deux sur ce nouveau blog !

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  3. Merci pour ce profil ... c'est mon chat "le roi Tatouille" .. je préfère ! ... c'est bien mieux ! ... génial, y muchas gracias, ya ya !

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  4. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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  5. superbe mon Bisouillon, je me suis laissé transporter par ce joli conte-poème....
    je vois que ton encrier est plein de ressource !!!

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